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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 12:05

TMLP-Gilles-Rochier.jpgJ'aurais adoré vous dire que je vais vous parler aujourd'hui d'une BD drôle et fraîche qui vous amènerait le sourire mais en fait non, désolé. Encore une fois ce sera une histoire noire et amère dont je vais vous parler aujourd'hui: TMLP, donc est une BD bien âcre comme je les aime, vous voilà prévenu. Qui nous parle d'un fait divers tellement banal qu'il en est poignant. Ce roman graphique nous montre comment les frustrations accumulées peuvent mener à l'impensable, à la bêtise, à l'horreur. C'en est tellement bête que s'en est glaçant, mais comme dirait l'autre "C'est trop ça en vrai!". Soit une cité dortoir dans les années 70-80, de ces cités qu'on oublie volontiers et dont on ne se rappelle que lorsqu'un fait divers sordide vient nous rappeler à son bon souvenir. Soit une bande de copains, ni méchants ni gentils, pas des délinquants, pas des saints, juste des mômes normaux, enfermés dans la misère d'une vie bétonnée, les parents au chômedu, les matchs de foot dans les cours désertées, les petites conneries pour tromper l'ennui qui suinte, et puis ce sigle, taggué sur les murs: TMLP. Tout le monde sait ce que ça veut dire mais personne n'en parle, la honte. TMLP, ça veut dire "Ta mère la pute", et on sait que lors des fin de mois difficile, certaines mères vont à la descente de l'arrêt de bus pour les arrondir, ces fins de mois et que pour ça qu'importe les moyens. On sait, mais on se tait, on évite de passer près de l'arrêt de bus à la fin du mois, parce qu'on a peur de ce qu'on peut y trouver, la mère d'un pote, le père d'un pote ou pire sa propre mère... On ne sait pas d'où vient l'argent mais on préfère ne pas poser la question. Et la vie s'écoule, lentement, sans heurts, entre conneries d'ados, crapotage de clope et galères diverses. Mais la honte est là et elle ronge, il suffirait d'un rien pour que ça éclate à la face de tout le monde, un rien, comme une vieille cassette prétée, reprêtée et perdue par exemple... Gilles Rochier n'a pas son pareil pour nous faire ressentir cet ennui, ce calme avant la tempête, les amitiés fortes qui se créent et se défont, ces jeunes terriblement normaux et la frustration qui suinte des murs, les nons-dits qui bouffent tout. Le dessin, très minimaliste, nous prend tout de même aux tripes par sa capacité à capter les détails insignifiants au premier abords mais terriblement importants finalement. Un drame de la misère tout simplement, qui nous montre des gamins normaux, ni des sauvageons, ni des casseurs, pris dans quelque chose qui les dépasse. Je ne sais pas ce qui est le pire, l'extrême banalité de ce drame des banlieues ou le fait que 20 ans plus tard, rien n'a changé, toujours les mêmes angoisses, les mêmes frustrations toujours ce même oubli de la société. Terriblement efficace et terriblement réaliste. Pas étonnant que Baru, connu entre autres pour sa chronique de la banlieue ouvrière dans "Les années spoutnick" et président d'Angoulême 2012 lui ai donné le prix révélation.

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